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Toutes nos envies
Petite baisse de régime pour Philippe Lioret semble-t-il. Avec ce nouveau drame, il se repose un peu sur ses lauriers et ne parvient pas à choisir un thème : la lutte judiciaire contre le surendettement ou la lutte contre la maladie. Résultat : on commence le film avec l'un pour le finir avec l'autre... ça part bien pourtant, autour de cette rencontre entre une jeune magistrate motivée, pleine de vie et un vieil ours rangé des bagnoles, qui a perdu plusieurs batailles. Mais alors même qu'elle lui redonne goût à l'indignation, thème très en vogue, elle se trouve freinée rapidement par une méchante tumeur. Il reprend le flambeau bien sûr... C'est un passage de relais à l'envers : la jeune passe le relais au plus vieux. L'idée est bonne, mais on aurait préféré qu'un thème soit franchement dominant par rapport à l'autre (indignation ou maladie) et que le réalisateur s'y tienne.

Le traitement de la maladie, par ailleurs, reste relativement attendu, à grands coups de "non, je ne veux pas que les autres soient au courant". Lioret a quand même la pudeur de ne pas en faire trop avec les derniers souffles et les sanglots dans la voix et zappe habilement l'enterrement, style que l'on trouvait déjà, bien que traité avec plus de fougue et de violence dans Je vais bien, ne t'en fais pas.

On retiendra quand même la qualité du jeu des acteurs, et notamment celui de Vincent Lindon, assez pertinent en juge effacé mais combatif.
 
Toutes nos envies - ma note pour ce film :
Réalisé par Philippe Lioret
Avec Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes, ...
Année de production : 2010
Contagion
  Dernier film chorale de Soderbergh, Contagion raconte en général la manière dont se répand un violent virus inconnu, et en particulier la réaction de quelques médecins, spécialistes, bloggueurs ou anonymes pris par l'urgence et la peur de la contagion.

Le choix d'un début in medias res, sans générique, nous plonge tout de suite dans l'histoire. Le spectateur est d'une certaine manière pris dans la panique : il est sollicité, interpellé. Il lui faut comprendre rapidement qui est qui, pourquoi les personnages sont là, quel est leur rôle dans l'histoire en mouvement. Le réalisateur ne nous mâche pas le travail. Pas le temps, d'une certaine manière. La tension qui en résulte est très stimulante pour le spectateur. On change aussi vite de lieu que de personnage, il n'y a pas d'indices, pas de voix off, pas de long plan sur ce qui est en train de se jouer. La réalisation joue tout le temps sur l'urgence : de quel virus s'agit-il ? Qu'a fait cette femme avant de mourir ? D'où provient le virus ? Les premiers tests fonctionnent-ils ? Doit-on prévenir la population ? Comment ? Toutes les questions se bousculent, en même temps que se répand le virus.

Le film tient le spectateur en haleine, alors même qu'on en comprend rapidement les rouages et l'intrigue principale. D'aucuns ont trouvé qu'on avait l'impression de regarder 2 heures de chaînes d'info, sans coupure, sans possibilité de reprendre son souffle. C'est vrai qu'il y a  de cela, mais c'est plus complet malgré tout. Et puis il y a Kate Winslet, dont l'aura n'en finit pas de m'impressionner... Bref. On apprécie également les mystères qui entourent le personnage de Jude Law.

Un bon film, presque contagieux.
 
Contagion - ma note pour ce film :
Réalisé par Steven Soderbergh
Avec Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, ...
Année de production : 2011
Intouchables

Hier soir, lundi, je suis allée voir Intouchables, le nouveau film du duo Eric Tolédano – Olivier Nakache.

Tellement proches, Nos jours heureux et Intouchables se ressemblent sur certains points. Une réalisation simple, ou qui semble simple –je suis mal placée pour juger-, en tous cas sans effets de manche. Dans les deux premiers cependant, les thèmes abordés (la colonie de vacances, le repas de famille) restent des topoï connus, déjà visités. C’est drôle, émouvant parfois, ça a du charme, mais sans grande originalité.

Intouchables est à côté de cela. Certes, on reconnaît quelques « trucs et astuces » toujours utiles pour susciter le rire et l’intérêt du spectateur : le côté « éléphant dans un magasin de porcelaine », les gags basés sur les décalages culturels (extrait de la musique classique réduit à une musique de pub, parler franc contre bouche pincée) ou sociaux (dérapage incontrôlé sur le gravier de la cour, perception de l’art contemporain etc.), le happy end...

Pour autant, le film s’en sort la tête haute. Cela tient, selon moi, à l’usage d’un ressort comique peu employé au cinéma : le corps, parfaitement immobile et privé de sensation d’un homme tétraplégique. Le corps, qui, dans la société, est sans cesse dévoilé, montré, musclé, bronzé, mince, dynamique, parfait en somme, est pour une fois moqué non parce qu’il est gros, c’est-à-dire qu’il ne correspond pas à la norme sociale, mais parce qu’il est totalement inanimé, inutile, et surtout, qu’il rend la personne qui l’occupe dépendante, donc vulnérable. Intouchables ose se moquer de la vulnérabilité de ceux qui n’ont que leur esprit pour les hisser à un niveau de dignité communément intégré, admis, voire imposé par la société. Intouchables ose poser la question de la dignité dès le début ou presque, avec les bas de contention, avec la voiture dans laquelle on hisse la personne en fauteuil etc. Le film, à travers le personnage d’Omar Sy, novice vis-à-vis du handicap et de ses conséquences, interroge la question de l’absence de douleur –épisode de la bouilloire- ou de la sexualité des personnes handicapées sans tabou. Or c’est cette absence de retenue, de tabou, qui fait naître le rire. Il y a une retenue naturelle à la plupart des hommes à poser des questions comme « mais comment tu prends ton kiff avec les filles si t’as plus de sensation ? ». Le personnage de Philippe, interprété par Cluzet, y répond : « Driss vient d’un monde [celui de la banlieue] qui ne fait pas de quartier. Il n’a aucune pitié pour moi. Parfois, il me tend le téléphone. Il oublie que je suis handicapé » (retranscription approximative). Le personnage de Driss se permet des blagues, des remarques ou des questions que l’inconscient collectif nous interdit. Une phrase comme « Pas de bras, pas de chocolat », lâchée par Driss et laissant du même coup Philippe la bouche ouverte, attendant son M&M’s a quelque chose de choquant, d’injuste. Mais parce que nous ne sommes ni Driss, ni Philippe, mais spectateur, regardant un écran depuis notre siège, une distance se crée. Et c’est de cette distance créée par la salle qu’est directement issu la libération du spectateur, qui peut alors laisser aller cette pulsion face à ce qui est communément interdit, tabou et occulté. Oui, on peut se moquer de plus faible que soi, de plus vulnérable que soi, à condition qu’existe cette distance, cette faille dans laquelle le rire a les moyens de s’engouffrer. Mieux encore, François Cluzet n’est pas handicapé ; le spectateur n’est pris d’aucun remords. Un documentaire sur les véritables personnes à avoir vécue cette histoire, ici romancée, en aurait sans doute fait pleurer plus d’un : la distance aurait alors été considérablement raccourcie, réprimant un rire dès lors jugé dur, presque sadique. Autre point positif qui déculpabilise le spectateur et le réconcilie avec lui-même, se moquant de Philippe : le happy end, sans grand chichi, bien qu’un peu facile.

Intouchables, malgré quelques lourdeurs, réussit par conséquent le pari de trouver la bonne distance entre personnages et spectateur.

 
Intouchables - ma note pour ce film :
Réalisé par Eric Toledano, Olivier Nakache
Avec François Cluzet, Omar Sy, Joséphine de Meaux, ...
Année de production : 2011
Gothika
Gothika, sans être un grand film, saura vous faire passer un bon moment. L'histoire commence fort, au sein d'un univers quelque peu onirique, à mi chemin entre un pénitencier et un hôpital psychiatrique.

C'est là qu'officie le docteur Miranda Grey, psycho-criminologue. Le film commence réellement lorsque la jeune femme se réveille dans une des cellules de l'hôpital, accusée du meurtre sanglant de son mari, le directeur de l'établissement. Là on se dit : c'est du lourd. ... Alors oui, c'est plutôt bien, mais finalement ce n'est pas grâce au scénario, qui pêche par quelques blancs que l'on aurait aimé voir comblés. Plusieurs questions en suspens et une trame qui tient parfois à un fil ternissent donc un peu ce film réussi par ailleurs, grâce, notamment, à un jeu de couleurs et d'ambiances électriques bleues et de grises et quelques frissons qui permettent de ne pas décrocher.
 
Gothika - ma note pour ce film :
Réalisé par Mathieu Kassovitz
Avec Halle Berry, Robert Downey Jr., Charles S. Dutton, ...
Année de production : 2003
Polisse
Il y a dans ce film une force peu commune, quelque chose qui vous transporte et vous laisse sur place à la fois. "Ca m'reste, ça m'tort" dit Fred, le personnage interprété par Joey Starr. C'est exactement ce que ressent le spectateur. En sortant, il n'est plus tout à fait comme lorsqu'il est arrivé, il n'est plus aussi droit, aussi à l'aise avec la vie.

Polisse est un film coup de poing qui touche à ce que chacun d'entre nous à de plus précieux : son enfance. Mais commençons par le début. Maïwenn a passé plusieurs semaines à la BPM, la Brigade de protection des Mineurs. Elle a vu des choses, s'en ai fait raconter d'autres. Elle a mémorisé, enregistré. Et elle a fait un film sur cette expérience, sur ce que vivent les policiers de la BPM chaque jour. Le quotidien est fait d'histoires dont on ne se relève pas et qu'il faut pourtant traiter, et rapidement, parce qu'une autre vie brisée attend déjà dans la salle d'à côté. Le film en tire un rythme palpitant, fait d'interrogatoires, d'interventions à l'extérieur, ou plus rarement, de tranches de vie au domicile des victimes et des bourreaux. On ne voit rien qui puisse choquer. On entend tout : on entend les récits de ces enfants martyrs, objets des pulsions sexuelles de leurs parents ou simples victimes de la pauvreté et de la misère sociale dans laquelle ils grandissent.

Au milieu de ces paroles, les flics tiennent le coup par tous les moyens : l'un change de copine sans arrêt, l'autre surfe sur Facebook entre deux interrogatoires... D'autres, plus fragiles, pleurent, hurlent ou vomissent 3 fois par jour ce qu'ils ne peuvent contenir au fond d'eux.

Si tous les acteurs sont aussi excellents que leurs personnages sont complémentaires, seul celui de Maïwenn ne semble pas indispensable. Elle est peut-être un regard extérieur  utile, mais pas nécessaire. Elle aurait pu être vraiment utile si au cours ou à la fin du film on voyait les photos qu'elle prend, mais comme on ne les voit pas, on ne comprend pas quelle est sa valeur ajoutée, si ce n'est apporter un peu de baume au cœur de Fred.

En dernière instance, les acteurs phare du film restent les enfants, ou plutôt l'enfance elle-même, recomposée à travers tous ces visages.Une enfance salie, bafouée, difficilement rattrapable. Une enfance qui vous reste, qui vous tort, qui vous tue parfois.

Le meilleur film que j'ai vu depuis des années.


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Polisse - ma note pour ce film :
Réalisé par Maïwenn
Avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs, ...
Année de production : 2011
The Artist
Voilà un film pas comme les autres.

Dans son nouveau long métrage, Michel Hazanavicius reprend le couple d'acteurs qu'il a déjà fait travailler dans OSS 117 : Jean Dujardin et Bérénice Béjo, et leur fait à nouveau remonter le temps. Tandis que les deux acteurs étaient en 1955 dans OSS 117, les voilà en 1927, au temps du cinéma muet hollywoodien. Comme si pour le réalisateur, le couple avait vocation à briller dans une époque qui n'est pas la leur, comme si le passé seul permettait d'afficher tout leur talent. On ne s'étonnerait pas alors que Jean Dujardin ait obtenu le prix d'interprétation masculine à Cannes cette année...

Ce qui est intéressant avec Michel Hazanavicius, c'est l'usage qu'il fait du langage et de la parole. Ou plutôt le langage qu'il prête à ses personnages. Dans OSS 117, Jean Dujardin, en Hubert Bonisseur de la Bath, campait déjà un personnage qui fait un usage particulier de la parole : il ne dit pas ce qu'il faut, il répond à côté de la question, quand il n'est pas raciste ou misogyne. La parole qui sort de son corps est sans intérêt, si ce n'est pour susciter le rire. Dans The Artist, Hazanavicius franchit un pas supplémentaire en le privant de parole, mais jamais de langage. Il y a, me semble-t-il, une vraie continuité dans ce travail. The Artist donne à l'acteur toute l'amplitude nécessaire pour valoriser le langage qui avait réellement fait sa renommée dans la série des OSS : son corps. Jean Dujardin est un artiste qui s'exprime avec son corps, pas avec des phrases. Bérénice Béjo également : The Artist souligne sa grâce, sa légèreté, les expressions de son visage. Le couple est sublimé par le muet. Ce nouveau rapport au corps et au langage laisse du même coup la part belle à une forme d'humour peu souvent exploitée au cinéma : celle des animaux (on la trouve cependant, bien que de manière atténuée, dans Beginners), et notamment celle du chien. Véritable personnage, il souligne l'humilité de Georges Valentin, l'acteur abandonné de tous.
Complément indispensable du muet qui nous préserve de la parole inutile, le noir et blanc nous protège d'une explosion de couleurs : il rend le film bien plus esthétique, bien plus pur que tous les effets auxquels nous sommes habitués. Il ne laisse que l'essentiel.

Une fois ce parti-pris adopté, Michel Hazanavicius peut alors laisser s'exprimer son art en toute tranquillité : une histoire simple, d'amour et d'orgueil, qui tourne autour de la rencontre entre un acteur vedette qui a fait son temps et une star montante.

Une belle réussite, qui fait oublier un instant le flot de paroles et de couleurs qui nous assiège continuellement.


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The Artist - ma note pour ce film :
Réalisé par Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin, David Dustin Kenyon, Bérénice Bejo, ...
Année de production : 2011
Drive
Après réflexion, je pense comprendre en partie pourquoi le film a du succès, mais sans le partager. Je m'explique.

Il y a de la recherche, c'est évident : le réalisateur crée un univers électrique qui mélange habilement carrosserie de voiture et musique électro ; il façonne un personnage fascinant, au regard droit et franc, peu bavard. ll arrive à combiner, sur le plan scénaristique cette fois, une histoire d'amour platonique avec une histoire de mafias qui tourne à la tuerie généralisée. Bref, il mélange les extrêmes et se joue des codes du film d'action pour garçon habituel avec la grosse voiture, la nana aux seins siliconés et les courses poursuites dans San Francisco.

C'est vrai, enfin, qu'il y a un gros travail sur la violence et la manière de montrer la violence. Là encore, à l'inverse de tous ces films où on se tue d'un coup de revolver, Drive fait le pari de montre la mort sauvage et primitive des armes blanches, parfois même des poings. Jamais de gun, mais toujours un couteau, un cutter, une chaussure. Il en sort une violence très crue, très difficile à soutenir pour le spectateur.

C'est pour cela que c'est un film dont j'ai du mal à rejoindre l'euphorie générale. Trop violent, trop dur psychologiquement. "Pourquoi tant de haine ? s'entend-t-on demander benoitement, alors que tout avait pourtant commencé par une course poursuite de  nuit particulièrement grisante..."

 
Drive - ma note pour ce film :
Réalisé par Nicolas Winding Refn, Neil Marshall
Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston, ...
Année de production : 2011
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